jeudi 5 juillet 2018

Questions-Réponses : décembre 2017, janvier 2018 (suite).

Mr Bernard Bouchez & Craps des 2 Sabres.

Le Ring, le Sport, les JO, un rêve ? 
Ou un cauchemar, si personne n’y met du sien. Dans divers pays, l’appellation du Ring est RingSport, ce n’est pas pour rien et notre discipline ne demande qu’à exploser dans le domaine sportif, mais il y’a une condition. Il ne faut jamais oublier que le Ring est un identifiant, il permet d’étalonner précisément un chien de compétition. C’est-à-dire que nos exercices démontrent de multiples valeurs et autres aptitudes comme offrir aux administrations un chien de travail performant. Alors, nous pourrions en disséquer plusieurs, mais la plus importante reste « l’efficacité » de nos chiens sur le terrain réel, car c’est bien beau d’honorer les chiens héros… encore faut-il leur donner la possibilité de le rester ? Comme je l’ai expliqué des centaines de fois, nos chiens de sport « avec un entrainement approprié » sont de véritables équipiers. Prenons en exemple un éboulement : croyez-vous qu’un membre du BEA va demander à un chien de décombre « d’y aller doucement » si un proche est prisonnier sous des plaques de béton à 2,50 à la verticale ? Je ne pense pas, je pense qu’il sera bien content que des vies soient sauvées parce que nos chiens sont efficaces, volontaires et incorruptibles et qu’après constatation sur place, une palissade A/R ne pose aucun problème pour un compétiteur d’un bon lignage préparé à ce genre de travail. Du coup, pour conserver cet acquis, rien de plus facile ; il faut noter l’exercice de A à Z (c’est-à-dire le grimpé et la descente) et non se contenter de la moitié, pour ne pas offusquer Mr Bien-pensant ou je ne sais qui ? Faut-il encore, toujours et inlassablement expliquer que notre Ring reste la grille de lecture la plus complète pour définir les aptitudes et les caractères ?
Vous pensez que le Ring est devenu plus sportif… qu’utilitaire ?
Nous sommes pile à la frontière et il ne faut surtout pas basculer du mauvais côté. Voilà pourquoi nous devons remettre l’église au milieu du village tout de suite, en clair : que voulons-nous ? Des chiens actifs, mais dociles ? Volontaires, mais pas trop ? Travaillant quand il fait chaud, mais pas plus de 20 minutes ? Capables de monter à 2m50, mais pas foutus de descendre ? Nous voulons donc des chiens qui sont exactement l’inverse de ce qu’est un Berger Belge, mais que fait le club de race (rires) ?


http://www.cfcbb.fr/

J’allais vous poser la question ?
Beaucoup de cynophiles ne le savent pas, mais un Club de race doit gérer énormément de choses. Voyez-vous, pour arriver à comprendre les évolutions, il faut déjà maitriser le passé. C’est ce que je fais modestement et c’est ce que font mes collègues, mais le Ring fait partie d’un mécanisme qui est relié à un tout. Le club ne peut pas lâcher l’ensemble de son travail pour ne se consacrer qu’au Ring, vous n’imaginez pas la somme de travail ne serais-se que pour l’organisation des régionales ou de la NE ? De plus et pour revenir au Ring, dans l’idée où chacun bricole dans son coin, nous ne pouvons pas avancer. Pour travailler sur une réelle évolution de la discipline et non sur ce que nous faisons actuellement, il faut une cohésion qui part de la SCC, qui va au GTR et passe obligatoirement par les Clubs de race. 

Dans le cas où ce cursus n’est pas à l’ordre du jour, le Ring court à sa perte… d’un point de vu purement "sélectif" j’entends. Pour conserver un Ring actif, sélectif et explicable au plus grand nombre, il faut dès maintenant articuler un travail d’équipe avec des rapports, des essais et de nouvelles stratégies. Franchement et pour tout changement directionnel, ne croyez-vous pas que l’avis du Club « d’une race comme le Berger Belge », c’est-à-dire la plus représentative au niveau utilisation, sport et travail aurait dû être consultée ?


Mr Etienne Duplan & Elgos des Loups de Genain.

En effet, surtout en ce qui concerne les sauts ? 
Non non, il faut être pragmatique. Chaque décision doit être analysée, mais si vous voulez que l’on reste sur les sauts OK. Les épreuves de sauts ont été sélectives (à la base) grâce à plusieurs points, déjà le chien devait s’adapter à son environnement. La caste d’utilisateur de l’époque « un Berger, un fermier, un douanier ou un policier » n’aurait jamais gardé un chien s’il ne sautait pas naturellement. Dans cet aspect naturel, une fonction primait « le dynamisme », beaucoup de Bergers Belges étaient donc sélectionnés sur leur dynamisme, un dynamisme qu’il fallait absolument contrôler et vérifier sur divers types de sauts. Par cette fonction, des évaluations ont été réalisées avec des sauts de palissade, de mur, de cloison (première appellation) des fossés, des haies, mais également des sauts dans l’eau pour définir la détente. D’ailleurs, les sauts étaient le plus souvent analysés sans récompense (ceci est très important), vous l’aurez compris le "dynamisme"c’est peu à peu lié à l’envie et c’est comme ça (pour aller vite), qu’après-guerre, des utilisateurs Français se sont intéressés au Berger Belge. En clair, leur aptitude innée aux sauts a séduit les dresseurs.
D’où l’intérêt de conserver des sauts performants ?  
Absolument, dans la mesure où l’on amenuise un saut : on révèle surtout la qualité du dresseur et non du chien, car si l’on pousse le chien vers une performance et en imaginant qu’il n’a pas ou peu de dynamisme, on verra très vite sa limite. Tout ça pour vous dire, que 2m30 pour un Malinois, c’est une plaisanterie… parce qu’après le dynamisme (qui a longtemps était confondu avec la nervosité chez les Flap), une autre qualité c’est imbriqué dans l’aptitude, c’est la « fulgurance ». Certes, le grimpé de palissade était si fulgurant chez certains Belges qu’il fallait contrôler (par un apprentissage approprié) leur dynamisme pour les faire réfléchir au sommet de la palissade, afin qu’ils ne basculent pas dans une descente vertigineuse. La sélection a donc été réalisé sur les sujets les plus dynamiquement contrôlables. Le travail sur le long terme a donc privilégié les dynamiques contrôlés aux furieux qui sautent sans réfléchir ou après (rires). 


Faites le Mur… Pas la Guerre !

Tout ça pour vous expliquer qu’une qualité, mieux une aptitude doit toujours être sauvegardée, puis contrôlée. Le jour où nous n’avons plus de regard sur la performance, pire si nous minimisons un saut, une prise, une garde d’objet, un instinct, une réaction, etc. nous commençons à passer de l’autre côté de la barrière. C’est-à-dire que nous enlevons peu à peu « l’esprit utilitaire de la discipline » pour toucher au sport dans sa réalisation la plus simpliste. Ce qui nous amènera un jour ou l’autre à des dérives, pour l’évidente raison que l’ensemble du cheptel pointera à 380 et par ricochet (pour conserver une tolérance serait plus juste) ça ne sera plus le chien que l’on notera, mais le conducteur pour des fautes de placement, de tenue, etc. Voilà pourquoi et malgré une inévitable évolution, il faut quand même conserver la sélection canine, pourquoi ? Parce que dès sa base « une race » définie une multitude d’aptitudes, de qualités et de valeurs. Exemple : le fameux dynamisme dont je vous parle, c’est justement ce qui a manqué dans certaines races pour être au niveau d’un Berger Belge. Comme dirait un finaliste, n’est pas champion qui veut, n’est-ce pas ? Alors est-ce que l’on naît champion ou est-ce qu’on le devient ? Nous verrons ça dans la troisième et dernière partie avec un retour sur le bâton, la sélection à la chaleur et l’évolution de nos exercices. 

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